Les postulats de dpart sont les suivants :

Premier postulat : La comptabilit nest pas une simple branche de larithmtique. A lpoque mdivale o senseignaient les sept arts caractristiques, larithmtique, la gomtrie, lastronomie , la musique, la grammaire, la dialectique et la rhtorique, Luca Pacioli en 1494 formalisa par un trait darithmtique commerciale les prmices de la comptabilit commerciale. Cet ge est-il rvolu ? La comptabilit est, au sens traditionnel, un art combinatoire associant arithmtique mais galement rhtorique et dialectique. Peut-on considrer que la sensibilit comptable est dpendante de son cadre spatio-temporel et quil conviendrait de replacer le cadre comptable dans un repre multidimensionnel.


Deuxime postulat : La comptabilit nest pas une simple technique, car elle gnre une relation causale de type classique cause effet. Labsence de transparence comptable dans le secteur immobilier li au npotisme fut lorigine de lincapacit des autorits ragir la crise financire qui frappa lIndonsie en 1997.

Troisime postulat : la prsentation de documents comptables est un acte communicationnel dans une socit mdiatise o la langue et la parole se substituent de plus en plus lcrit mais o la dimension contractuelle demeure comme garantie des engagements passs. La comptabilit se situe au carrefour de lcrit et de loral.

Quatrime postulat : Lautonomisation des disciplines rend ncessaire un raisonnement scientifique bas sur la transdisciplinarit et une approche systmique. La comptabilit doit tre perue comme un vecteur de communication relevant dune approche sociolinguistique applique.



HYPOTHESES

Ltude sur la perception relative du langage comptable sintresse la terminologie utilise en comptabilit .Elle seffectue laide de multiples questions,mais nous ne retiendrons que celles qui traitent de linformation comptable


Question gnrale : La recherche de la qualit de linformation comptable peut-elle conduire les interlocuteurs partager des valeurs communes ?



Questions subsidiaires :

Les informations comptables sont-elles pertinentes par rapport au contexte financier ?

 Lhypothse gnrale est inhrente ladaptabilit et ladquation de linformation comptable par rapport la demande des marchs financiers.

Lhypothse sous jacente postule quil existe une relation parfaite ou quasi parfaite entre la demande informationnelle des marchs financiers et loffre informationnelle de la communaut comptable ponctue par le principe de coopration entre les protagonistes de lchange..

Les informations comptables sont-elles sincres ?

 Lhypothse de cette question porte sur la maxime essentielle dun discours, la vracit de linformation transmise, cest dire la dmonstration de sa qualit.

 En consquence , une triple hypothse est formule :

Est-il possible de considrer que la sincrit des documents de synthse conditionne lauthenticit de linformation comptable ?

La sincrit de linformation comptable implique-t-elle de la part des utilisateurs un degr lev de confiance ?

Est ce que laffaire Enron a modifi la perception de la qualit des informations comptables produites ?

Question gnrale :quelles sont les qualits de la recherche comptable pour obtenir un langage comptable fdrateur ?


Hypothses gnrales

Existe t-il des principes langagiers fdrateurs comme la pertinence, la sincrit , lexhaustivit, linformativit et la clart ?

Dans quelle mesure les lois du discours formules par Paul Grice peuvent simposer comme des axiomes langagiers pour les producteurs et utilisateurs de linformation comptable ?

Hypothses spcifiques

Linformation comptable est-elle adapte la demande des marchs financiers ? cest dire existe-t-il une relation parfaite ou quasi parfaite entre la demande informationnelle des marchs financiers et loffre informationnelle comptable ?

Dans quelle mesure linformation comptable dlivre par les dirigeants est adapte la demande des partenaires sociaux ?

Est ce que les informations comptables dlivres dans les documents de synthse sont authentiques et susceptibles de gnrer la confiance des utilisateurs ?
Les informations comptables dlivres renseignent elles le public et lui permettent-elles dvaluer sans biais une structure donne ?

Les informations comptables sont-elles suffisamment dtailles et pleinement utiles ?

Est ce que la terminologie comptable est accessible un large public. ?




Premire partie : dimension linguistique de la terminologie comptable


Fonctions smantiques et smiologiques

 La terminologie comptable , cest reconnatre la ncessit de retirer la substantifique molle certains concepts ou certaines connaissances linguistiques.

Dcryptage et dcodage des informations comptables

Les mots et syntagmes nont en gnral pas un seul sens . Il ne sagit donc pas dune monosmie , mais dune polysmie , laissant supposer plusieurs sens pour un mme mot. Ainsi, plusieurs interprtations peuvent tre dduites par les locuteurs et les auditeurs. La smiologie renvoie les interlocuteurs aux signaux de langage quils transmettent lorsquils communiquent. Cette analyse intervient aprs le dcodage du message. Les messages ont-ils une valeur autre que ce quils semblent exprimer ? Le message dlivr peut porter en lui un sens qui dpasse linformation mise car il fait partie dun ensemble qui intgre le comportement ou les explications fournies par lmetteur. Il peut tre diffrent en fonction de lmetteur choisi et de son histoire personnelle . La comptabilit tablit un rapport privilgi entre les messages et les signaux dans le processus de communication . Linterprtation des messages semble indispensable ou du moins la bonne interprtation. Les mots se modifient dans leur forme mais aussi dans leur contenu. Ces anomalies sont tudies par la rhtorique . Elle aurait pour finalit en comptabilit de maquiller les comptes pour les rendre sincres.. La comptabilit crative laisse supposer que les comptables ne sont pas seulement des techniciens mais, quils font voluer cette pratique en intgrant de nouveaux produits financiers et de nouvelles pratiques.

Politique linguistique de normalisation du vocabulaire comptable


Labov dfinit les comptables de la faon suivante :

un groupe de locuteurs qui ont en commun non pas les mmes formes mais les mmes normes ou plus exactement auxquels sont imposes les mmes normes .

La norme comptable est prescriptive car elle soumet lensemble de la communaut de comptables ses rgles et quelle fait lobjet dun contrle interne et externe. Cette norme peut tre absolue ( plan comptable) ou conceptuelle limage des normes IAS.(acceptation globale).

La comptabilit apparat comme une convention linguistique qui aurait pour but de transcender la rationalit collective en occultant des subjectivits personnelles. Ainsi la norme dusage est la base de toute relation sociale garantissant une pluralit dorigines dans le cadre dune action commune .

En comptabilit, la norme juridique influe fortement sur la dimension langagire . Ces prcisions tant effectues, la question essentielle se pose implicitement :

Comment les diffrents utilisateurs peroivent-ils ces normes ?


Les principales lois du discours doivent tre appliques la comptabilit en tenant compte toutefois de la spcificit du domaine .Pour Grice, les lois du discours sont les suivantes :

Loi de la pertinence
Loi de sincrit
Loi dinformativit
Loi dexhaustivit
Loi de modalit




La normalisation du langage permet de confrer une signification aux mots employs dans une communaut spcifique.

Par analogie, la norme comptable rend possible lvaluation de lentreprise.

Le langage , et donc le langage comptable, est un systme de signes . Un signe est un substitut symbolique dune ralit apprhende par la pense. Le langage utilise des signes et de ce fait, il permet de composer des noncs symboliques dont la vocation est la signification. Cette dernire suppose le partage dun sens. Si un systme de signes dtermine un sens, il peut aussi laisser une grande latitude dexpression et dinterprtation. Le pouvoir crateur de la langue rend possible une invention permanente de signification. Si les signes ne sont pas neutres, ils renvoient aux auditeurs des perceptions que leur ducation et leur savoir faire ont mentalement construits . La symbolique dun mot est variable dun groupe dauditeurs ou de locuteurs lautre. Les mots dficit, rsultat ngatif ont des connotations ngatives. Ce type dapprciation varie galement entre les pays ( connotation ngative dune faillite en Fr , alors quaux EU, il sagit dun ala de la vie conomique). Ainsi, le signe se rvle arbitraire. Larbitraire du signe peut tre analys dans un exemple : lexpression le rsultat net a augment de 3% , peut se traduire par une progression insuffisante pour les actionnaires et les salaris . Toutefois, dans le premier cas les actionnaires ne sont pas satisfaits car ils comparent cette progression de 3% une prvision de 11%, tandis que les salaris sont mcontents car leur salaire na augment que de 1%. Un mme rsultat gnre donc deux mcontentements distincts en fonction du groupe sociologique concern. La notion darbitraire apparat donc. Elle est explique par lasymtrie entre la pense et la substance phonique qui empche dimposer un sens. En consquence, le lien signifiant -signifi ne peut tre quarbitraire. Deux types darbitraire peuvent tre distingus : larbitraire absolu et larbitraire relatif .
Le mot Emprunt revt un caractre arbitraire relatif, isolment lauditeur peut linterprter comme un effet de levier ou comme un effet boomerang
Par contre, le principe de bonne information revt un caractre arbitraire absolu car il souligne la complexit de linterprtation de la transparence et de la qualit de la transmission des informations.


La linarit du signifiant


Ferdinand Saussure prcise dans un cours de linguistique gnral :

Nous appelons signe la combinaison du concept et de limage acoustique . Nous nous proposons de conserver le mot signe pour dsigner le total et de remplacer concept et image acoustique respectivement par signifi et signifiant .
Le signifiant est la perception de la ralit et le signifiant comptable se rapproche du caractre normatif des mots et syntaxes comptables.
La linarit implique une forme dimmutabilit de la norme. Elle ne met pas en doute le signal peru. Cela suppose une absence de neutralit comptable.
Plus la distance entre lauditeur et le locuteur est importante, plus il savre que le message communiqu est linaire et plus le signal peru est arbitraire . Le signifiant ,dans ce cas l, laisse libre cours aux diverses interprtations possibles.
Le langage et plus exactement le discours comptable sont fortement influencs par la psychologie.

 Fonctions psycholinguistiques du discours comptable.

Lannonce par la presse des rsultats comptables dpasse largement la prise de conscience de la ralit conomique ( confrontation entre lconomie relle et la sphre financire).Des ractions irrationnelles peuvent intensifier les effets dune annonce.
Cet tat de fait peut sexpliquer par lanalyse de la psychologie de la perception.. Toute perception ( visuelle, sensorielle ) est slective et arbitraire. Chaque modification de lenvironnement est intgre dans la conscience de lindividu , et perue selon sa propre logique. Un tri informationnel, naturel et ensuite organisationnel, permet de slectionner les informations recueillies, en faisant appel la rationalit. Pourtant, dans le cas dun environnement turbulent, lmotivit prend le pas sur la rationalit. cette motivit saccrot quand lindividu appartient une communaut isole ( ex : les petits porteurs). La psycholinguistique se focalise sur la construction dun modle gnral de perception, de comprhension et de production du langage au sein des sciences cognitives. Elle tudie le lien entre pense et langage et les variations de perception du langage. Il faut comprendre la dmarche cognitive dans la comprhension de llaboration du vocabulaire et du discours comptable. Selon Chomsky, le sujet peut crer et interprter des phrases nouvelles, grce une comptence linguistique. La notion de comptabilit crative en tmoigne.
Selon Howard Gardner la science cognitive est fonde sur la conviction quil est lgitime et en fait ncessaire dtablir un niveau danalyse que lon peut appeler niveau de reprsentation . A ce stade, un scientifique manipule des entits telles que des symboles, des rgles, des images qui sont la matire de reprsentation que lon trouve entre entre (input) et la sortie(output) .

La comptabilit crative est dpourvue de neutralit puisquil nexiste aucune norme pour dlimiter ce concept nouveau. Aussi, la comptabilit ptit dune image ngative. La motivation la base de la comptabilit crative semblerait tre le dsir dinduire les investisseurs en erreur , en leur prsentant ce quils ont envie de voir ( par exemple des bnfices en constante volution).. Le processus dinteractivit de la crativit fait appel diffrents domaines ( aspects de la personnalit, aspects motionnels et sciences cognitives).Lindividu se construit par une confrontation avec le milieu extrieur , applique une introspection des donnes, visant optimiser la solution aux problmes. .Henri Bergson pense que lintelligence combine et spare, elle arrange, drange, coordonne ; elle ne cre pas. Il lui faut une matire et cette matire ne peut lui venir que des sens ou de la conscience . La crativit dans le domaine comptable suit les mmes rgles. Elle est aussi fortement conditionne par la conscience du locuteur et le domaine est trs porteur car de nouveaux produits financiers sont apparus au cours des dix dernires annes.

De plus, la psycholinguistique permet didentifier et de comprendre les motivations du locuteur. Un cabinet comptable attestant que limage dune entreprise est sincre et fidle traduit par une phrase une interprtation des donnes. La porte est qualitative. La communication, selon Grice, doit tenir compte de principes conversationnels au nombre de quatre ( le principe de qualit ou vracit, le principe de quantit ou dtail de linformation, le principe de pertinence ou utilit, le principe de clart ou comprhension).

Lacte de certification rpond ces quatre principes. Toutefois, si lauditeur comptable a manipul son langage, le lien entre pense et langage est biais. Lauditeur a effectivement constat la non conformit des comptes, mais il a choisi de tromper le rcepteur. .Ce dernier est victime dune information quil ne peut vrifier et nimagine pas de mettre en doute la probit de lauditeur. La motivation psychologique est lorigine du message transmis. On peut supposer que, dans le cas prcdent , lauditeur souhaite conserver son client.

Ayant voqu les motivations dune manipulation comptable, la manire de la raliser sera tudie par une analyse de la rhtorique comptable.

La rhtorique comptable correspond lart de bien dire. Elle favorise lorientation de linformation vers des buts pralablement fixs. Les locuteurs ( metteurs du message) apparaissent alors comme des sophistes . Aristote donne une excellente dfinition de la rhtorique :
la rhtorique est la facult de considrer, pour chaque question, ce qui est peut-tre propre persuader. .
Convaincre ou persuader prsupposent deux dmarches particulires :
-soit la dmonstration, comme cest le cas de la science.
-soit la dialectique, synonyme de lart de la manipulation.

Par son caractre, la comptabilit correspondrait au premier cas mais le contenu informationnel est incontestable. La comptabilit, sans tre purement scientifique est technique, fait apparatre son caractre dart manipulatoire. Le raisonnement par syllogisme ( trois propositions : les deux premires tant acceptes, la troisime est automatiquement adopte) se pratique en comptabilit Comme le prcise Frdric Compin :
La comptabilit nest pas d essence rhtorique, elle le devient lorsque les locuteurs utilisent une dmarche intellectuelle base sur un savoir-faire spcifique pour amener les auditeurs accepter sans rsistance leurs propos. .La rhtorique utilise diverses mthodes dargumentation (arguments dductifs et arguments analogiques). Le dveloppement de la rhtorique comptable est incontestable.
La rhtorique laisse supposer une dmarche spcifique. Le locuteur doit connatre lavance le rsultat qui taye son argumentation et ensuite il peut manipuler linformation transmise. Il sagit donc dun mcanisme rtroactif.
Lanalyse du discours peut tre mene travers la sociolinguistique

Fonctions sociolinguistiques du discours comptable.

.La comptabilit est utilise dans divers domaines connexes ( finances publiques, microconomie, sociologie des organisations , droit) et est galement au coeur de la finance et du monde des affaires. Cette utilisation dans plusieurs groupes sociaux dveloppe plusieurs approches interprtatives. Or, la comptabilit est fonde sur lapplication des normes qui ne favorise pas plusieurs interprtations. Cette htrognit dapproches donne une valeur arbitraire au discours et au vocabulaire comptable. Dans cette optique sociolinguistique, le langage comptable se dfinit comme un langage vhiculaire et/ou vernaculaire.
Un langage vhiculaire signifie que le territoire dune langue est quadrill par des vhicules, par des vhicules territoriaux que sont les archilangues. Il constitue un outil de communication pour des groupes dindividus ou groupes de professionnels dorigine diffrentes mais acceptant des normes communes . Les vhicules du langage comptable peuvent se rsumer en trois concepts regroupant eux-mmes les principes fondamentaux de la comptabilit







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